mercredi 29 février 2012

Baldé vote Macky Quatre, et les comptes de l’Anoci passent par pertes et profits ?

(Sud Quotidien 29/02/2012)

Lorsqu’Abdoulaye Baldé, nouveau maître de Ziguinchor, répondra à l’invite de Macky Sall, la conclusion à en tirer, sans doute, est que l’audit de l’Anoci à partir duquel tout s’est envenimé ne sera pas la priorité du Président Macky Quatre…Et dire que tout est parti d’un malentendu… Nos destins ne tiennent à rien. Macky Sall, président de l’Assemblée nationale qui décide de convoquer Karim Wade devant les députés pour une séance d’explications au sujet de l’Anoci. Les zélateurs à qui on n’apprend pas l’art de retourner une situation s’en saisissent et descendent en flamme l’ingrat auquel Wade a tout donné et qui le paye en voulant humilier son fils publiquement.
Farba Senghor qui part au quart de tour dans ces cas-là, n’économise ni son temps, ni son énergie, ni sa salive : il faut pendre Macky Sall haut et court, et il est prêt à fournir la potence gratis. Le pauvre Macky Sall n’y comprend rien et se défausse sur le président de la commission des finances, Mamadou Seck qui trouve les mots justes pour sauver sa peau, à lui, au moins. Pour Macky Sall, c’est plus compliqué. Qui le rend si hardi de troubler le Palais ? Il a beau s’expliquer, demander grâce jusque chez le khalife de Touba, la fureur présidentielle ne fait que croître.
Personnellement, je suis presque certain que la convocation de Karim Wade n’a aucune malice. Faut-il le rappeler ? C’est Abdoulaye Baldé le directeur exécutif de l’Anoci, Karim Wade est alors le président du conseil de surveillance. Si quelqu’un doit répondre des comptes de l’Anoci, après un audit des cabinets d’experts et un contrôle de l’Inspection d’Etat, c’est bien Abdoulaye Baldé. Macky Sall, à cette époque, fait du zèle et multiplie les idées lumineuses pour convaincre le président Wade qu’il st digne de lui succéder. Ce simulacre d’exercice démocratique du contrôle de l’exécutif, sous l’apparence d’une convocation aurait certainement permis à Karim Wade de faire le beau devant un parterre de béni-oui-oui qui éviteraient soigneusement les sujets qui fâchent. On devrait plutôt féliciter Macky Sall de cette trouvaille qui a l’avantage exquis de jeter de la poudre aux yeux des sourcilleux bailleurs de fonds à propos des principes de bonne gouvernance. Seulement voilà : le cercle des proches du clan Wade le condamne à la peine capitale, il ne reste qu’à l’exécuter.
Pourtant, il y a bien des arguments qui plaident en sa faveur : à l’époque, il vient juste de triompher comme directeur de campagne du candidat à la présidentielle de 2007, Gorgui «dolli gnou» Wade, lequel passe au premier tour au rythme du tube de Pape et Cheikh. Il remet ça quelques mois plus tard, en tête de liste de la coalition des wadistes et devient président de l’Assemblée nationale dans la foulée.
Qu’est-qui peut bien leur passer par la tête à tous, pour que l’affaire dégénère ? Dans les entourages de Karim Wade et Macky Sall, une sorte de guerre froide se propage et personne ne fait rien pour arrondir les angles, bien au contraire. C’est le prolongement d’une zizanie savamment orchestrée depuis les couloirs de la Présidence par quelques conseillers très écoutés qui font remarquer au président que son placide Premier ministre d’alors, Macky Sall, a la grosse tête, est mal conseillé, mal entouré. Cruelle déception du père Wade qui se voit obligé de changer ses plans pour une seconde fois. A la suite d’Idrissa Seck, qui s’est montré ingrat, la tribu Wade voyait bien le p’tit gars de Fatick servir de bélier à Karim Wade sous la forme d’un ticket avec vice-président. Un scénario à la Jean Collin… Faut donc revoir tout ça.
Abdoulaye Baldé dont l’épouse Amy Gassama, est la fille de Macky Gassama, homonyme de Macky Sall, est mis sur orbite. Leurs relations sont un rien tendues, depuis que Macky, l’enfant du personnel de maison, est devenu Premier ministre. C’est déjà pénible de le voir occuper avant cela le ministère de l’Intérieur dont son chéri Abdoulaye Baldé (policier parti se perfectionner à l’Ena) rêve tout haut et qu’il lui chipe de justesse. Difficile de continuer à le regarder de haut, il est pratiquement le chef de la tribu. Des retournements de situation de ce genre, ça vous crée des haines inextinguibles.
Tout ça est derrière eux, désormais. La main tendue de Macky Sall à Abdoulaye Baldé pour la deuxième fois en quinze jours finira bien par trouver un écho favorable. Ils sont de la même tribu qu’un malentendu a failli faire imploser. Et ce n’est vraiment pas le moment d’énerver Amy Gassama.

Ibou Fall

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