mercredi 29 février 2012

Sénégal: l’histoire se répète

(L'Observateur Paalga 29/02/2012)

Ils sont estimés à 5,3 millions, les Sénégalais qui sont allés le dimanche 26 février 2012 aux urnes pour élire le président de la République. En tout 14 prétendants étaient en lice, dont le chef de l’Etat sortant, Abdoulaye Wade (85 ans), dont la candidature a été vivement contestée par ses vis-à-vis. Les électeurs sont sortis très nombreux accomplir leur devoir citoyen.Le record de participation pourrait s’accroître au gré du dépouillement. C’est avec grande satisfaction que nombre d’observateurs ont constaté le calme, la discipline et la sérénité dans lesquels le scrutin s’est déroulé. Wade lui-même s’en félicite, qui reconnaît que la consultation électorale s’est effectuée «dans le respect de nos valeurs et traditions multiséculaires de paix, de tolérance, de fraternité et de convivialité».
En réalité, le Sénégal est coutumier de cette situation et, avec la présidentielle de 2012, il vient encore une fois, malgré quelques soubresauts, de signer sa présence «dans le cercle restreint des démocraties modernes, majeures et apaisées». Transparent, démocratique et pacifique, le vote de dimanche dernier l’a été.
Cette transparence est à mettre au compte de la bonne organisation de l’élection. C’est donc sereine que l’opinion publique attend la suite des événements au «Pays de la Téranga» qui, sauf surprise de dernière minute, dira le célèbre chauve de Dakar mis en ballottage par un fils spirituel à lui devenu un de ses opposants, Macky Sall (50 ans), président de l’Alliance pour la République (APR).
En attendant les résultats globaux, prévus pour être en principe communiqués au plus tard vendredi prochain, ceux officiels du premier tour, dont la publication était toujours attendue hier mardi au moment où nous tracions ces lignes, donnaient Wade et son ancien Premier ministre, Macky Sall, en tête des premiers classements. Le second tour est donc inévitable, et après le 18 mars 2012 probablement, les Sénégalais devraient finalement connaître, entre les deux protagonistes, le nom du locataire du palais présidentiel de Dakar pour les sept ans à venir.
Wade, qui, lors d’une conférence de presse, affirmait, on ne sait trop en vertu de quelles prérogatives, que sur 282 collectivités locales sur 551, il était en tête avec 32,17% contre 25,24% pour l’ancien président de l’Assemblée nationale, Macky Sall, doit maintenant compter avec ce dernier, qu’on dit avoir gagné dans les plus grands départements du Sénégal et qui est décidé à le «mettre démocratiquement dehors».
Les rêves du président sortant s’évaporent avec le second tour, et c’est avec philosophie qu’il admet à demi-mot qu’il a été un peu trop vite en besogne. Gorgui avait en effet avoué qu’il était le maître de Macky. A présent, il doit se rendre à l’évidence qu’il ne doit pas «laisser l’élève le mettre au tapis».
C’est bien malheureusement ce qui risque de survenir à l’issue du second tour des élections, avec le jeu des alliances. Ceux qui l’ont soutenu mordicus auront alors, eux, tort de s’arc-bouter sur sa candidature et devraient par conséquent partager ses regrets.
Quand on sait qu’arrivé en troisième position, Moustapha Niasse, comme en 2000, est de nouveau «le principal faiseur de roi», on est fondé à croire enfin au départ du vieux. N’est-ce pas lui qui, sous Diouf, avait donné la victoire au chantre du Sopi (changement en wolof) lors du second tour, en donnant une consigne de vote à femmes et enfants en faveur du camp de celui-ci ?
Comme il y a 12 ans, la probabilité pour Macky de devenir président est donc très grande, puisque l’arbitre Niasse a annoncé la couleur, en affirmant qu’il apporterait son soutien au candidat de l’opposition le mieux placé, c’est-à-dire à l’ancien enfant du Sopi, l’ingénieur Macky.
Si on ajoute à cela les voix des autres ténors de la faune politique au Sénégal et celles de tous ceux qui ont battu le macadam pour réclamer le désistement de Wade, la victoire ne peut qu’être au rendez-vous pour l’enfant de Fatick. Ce serait aussi le signe et la preuve qu’on peut bien battre un président sortant si tout est bien organisé.
Le second tour, s’il est finalement confirmé, va, dans un peu plus de deux semaines, opposer les deux challengers, et les électeurs sénégalais des deux chapelles politiques seront encore appelés aux urnes avant de prendre leur mal en patience pour savourer la victoire de l’un ou de l’autre de leur représentant.

D. Evariste Ouédraogo

© Copyright L'Observateur Paalga

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