lundi 27 février 2012

Sénégal : Twitter et Facebook désormais garants de la démocratie

(Plusnews.fr 27/02/2012) 
Au Sénégal, il y a aura bien un second tour à l'élection présidentielle, n'en déplaise au président Abdoulaye Wade. Les réseaux sociaux vont-ils pousser le dirigeant vers la porte de sortie ? Dom, notre chroniqueuse associée, qui vit à Dakar, tente d'y répondre.
Abdoulaye Wade y croyait. Il allait gagner haut la main, voire les deux (comme sur son affiche électorale) au premier tour, et il avait même pronostiqué le résultat : ce serait 53% des voix, minimum. Son fils avait été jusqu'en France pour proclamer la bonne parole, annonçant des scores, selon des sondages pourtant interdits au Sénégal. "Faites ce que je dis, pas ce que je fais" est une vérité largement partagée par les politiques, de la France au Sénégal.
Un président en plein excès de confiance
Hier, pourtant, Abdoulaye Wade aurait déjà pu comprendre que les jeux n'étaient pas si faits, et son vote au milieu des huées des spectateurs aurait pu lui faire comprendre que sa cour lui mentait, que les courtisans qui le flattent depuis des mois ne lui disent pas la vérité. Celle d'un Sénégal qui tient par dessus tout au respect de sa constitution, et qui ne souhaite que voir partir ce vieux président sourd à la volonté et à la souffrance de son peuple, las de ce "Sopi" (le "changement" proposé par Wade avant son arrivée au pouvoir) soi-disant toujours en marche (son slogan de campagne) et jamais arrivé.
Pourtant, il a en a été perturbé, "Gorgui" (le vieux, en wolof), puisqu'il en a même oublié sa carte d'identité. C'est sûr, quand on est habitué aux douces paroles, aux compliments et qu'on ne sait plus ce que c'est que la critique, ça doit faire tout drôle.
Dimanche, les Sénégalais ont préféré Macky Sall, pourtant un ancien du gouvernement Wade, un proche, un dauphin diraient même certains. Mais un homme qui a "osé" convoquer Karim Wade, le tout-puissant fils du président, le ministre de l'air, de la terre, et de la mer, pour lui demander des comptes dans des détournements d'argent supposés, ou qui hier encore, accusait un haut gradé de la police sénégalaise d'avoir été chercher du matériel de répression. Sans doute Macky Sall est-il remercié aujourd'hui d'avoir ainsi bravé le pouvoir et montré qu'il était un homme intègre.
L'opposition paye, elle, le prix d'une trop grande désunion, et certains candidats doivent regretter amèrement de n'avoir pas su s'allier pour battre le président actuel dès le premier tour. Trop de candidats, trop de voix éparpillées, le résultat est là : il y a aura bien un second tour qui verra s'opposer les deux anciens partenaires, Abdoulaye Wade et Macky Sall.
Dès la clôture des votes, les premiers résultats tombaient, sur les chaînes de télévision, mais surtout sur les réseaux sociaux, Twitter et son fil #sunu2012 ou #kebetu et Facebook, sa page "y en a marre" ou sa page "senrevolution".
Tout au long de cette journée électorale, les Sénégalais, du monde entier ont témoigné par leur mots, mais aussi par leurs photos, leurs vidéos. Ils ont publié leurs votes, leurs alertes, leurs conseils, et leurs informations. Toute la journée, les infos ont été données en temps réel, jusqu'au soir où les résultats étaient livrés, au fur et à mesure des dépouillements.
Abdoulaye Wade à Paris, le 27/01/2012. (Jacques Brinon/AP/SIPA)
Les Sénégalais ont donné en cette journée calme et suivie la plus belle des réponses à Nicolas Sarkozy et son discours de Dakar : l'homme africain est bel et bien entré dans l'Histoire, n'en déplaise au président français et à sa plume si colérique, et le Sénégal reste la plus belle vitrine de la démocratie africaine, bien plus que certains pays occidentaux, Bush ou Poutine n'en sont que des exemples.
Les "sentinelles de la démocratie"
Le Sénégal a voté, dans la paix, et a démontré de la façon la plus magistrale possible, que les réseaux sociaux font et feront désormais partie de cette démocratie, ils en sont les gardiens, les vigiles qui sont présents pour garantir le respect de celle-ci.
Depuis des semaines, et jusqu'au soir du second tour, les utilisateurs des réseaux sociaux, pour une grande majorité des jeunes, et la jeunesse sénégalaise, sont présents pour veiller au respect de la transparence, de l'équité et de la légalité des élections. Une voix que personne ne peut museler.
Désormais, il faudra compter avec Twitter, et Facebook dans les élections, au Sénégal comme partout en Afrique, et ailleurs. Les trop vieux présidents qui ne veulent pas quitter le pouvoir, ont dorénavant beaucoup de souci à se faire.

Par Dom B. Chroniqueuse
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